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Articles BD en ligne

Patrick Van Langhenhoven, critique, souhaite nous faire partager ses articles :

Amerikkka
T6 Atlanta cité impériale
Par Martin et Otéro, Emmanuel Proust Editions, octobre 2007.

Steve et Angela, deux agents spéciaux, luttent contre les membres du KKK en particulier et la discrimination en général. Cette fois, ils se lancent sur la piste des assassins de leur vieil ami, Michael Alister. Celui-ci remonte sans aucun doute à son infiltration au sein de l’organisation, et _ sa dénonciation des membres les plus sauvages. Pour retracer la piste, nos deux amis doivent retourner aux origines en 1950- 1960, apogée du Klan à Atlanta. Arriveront-ils, malgré les menaces, les tentatives de sabotage, les explosions, les coups de feu, à démasquer les coupables?

Première fois que nous découvrons cette excellente série, qui autour de deux personnages centraux, nous raconte l’histoire du KKK. Tout en étant précis et assez complexes, les auteurs relancent l’action par un album au rythme endiablé. Ils mélangent avec un bon dosage le réel et la fiction pour une histoire agréable et une série à découvrir dans son entier. Nul besoin de connaître cette dernière pour apprécier cet opus.

Patrick Van Langhenhoven

Arctica
T1 Dix mille ans sous la glace Par Pecqueur et Kovacevic, Delcourt , Novembre 2007.

Dakota est un homme de conviction qui agit pour le bien de la planète. Suite à un lourd secret à la mort de sa fille de huit ans, à cause des radiations, il se spécialise dans la destruction des satellites défectueux. Il devient très vite le seul dans sa partie et parfois donc, appelé sur des missions délicates sur terre. Alors qu’il anéantit un iceberg menaçant en cette période de 2027 où la terre et son réchauffement provoquent de gros glaçons dangereux, il découvre un étrange tube avec, en son sein, une adolescente vieille de 10 000 ans si l’on en croit la datation. Celle-ci réussit à s’échapper des locaux scientifiques pour errer dans le monde et suivre une conductrice de locomotive affectueuse, Mismsy. La prochaine mission de Dakota devient de mettre la main sur la créature en fuite.

Après Golden City dont nous retrouvons l’influence dans l’histoire et les dessins, et parfois même certains personnages recyclés, Pecqueur nous propose une nouvelle aventure avec un nouveau héros écologique. Un premier album assez sympa. L’histoire est un mélange de « Travis, Nash, Golden City, », nous attendons donc la suite pour voir si elle s’affranchit de ses clichés pour devenir plus originale.

Les aigles de Rome
Livre I
Par Marini, Dargaud novembre 2007.

An 1 av-JC, au bord de la Germanie, les tribus barbares, malgré leur courage et leur fougue guerrière ploient sous le joug des armées d’Augustus. Les Chérusques vaincus par la puissance des légions doivent fournir des otages à leur nouvel allié. Ainsi Rome s’assurait d’une part de la loyauté forcée de ses nouveaux sujets et préparait leurs enfants à devenir des futurs citoyens de la Rome nouvelle expansionniste. Ermanamer devient donc un nouvel enfant de la cité, sous les ordres de Titus Valerius. Ce jeune garçon venu des terres du nord fait la connaissance du fils de son instructeur, aussi rebelle que lui-même. Le premier contact commence dans la violence de la jeunesse où impertinence et coups de poing deviennent le langage de la volonté. Valerius pliera-t-il ses deux jeunes lionceaux à la discipline stricte et guerrière de la légion? Apprendront-ils à mieux se connaître et faire front ensemble?

Une partie de ces réponses se trouve bien entendu dans le premier album solo de Marini. Après Gipsy disponible en version intégrale chez le même éditeur, il nous soumet un premier album précis, fouillé du point de vue historique, sans laisser de côté l’aventure et une narration enlevée et rapide. Dans ce premier volume volent toute la fougue de la jeunesse et la dure réalité de l’apprentissage de la vie. Le dessin s’appuie sur plusieurs années de travail et un cadrage aéré, des images toutes en largeur et riches dans leur décor et détails. Pour son premier pas seul, Marini réussit le passage avec brio et intelligence.

Patrick Van Langhenhoven

Les Sentinelles
T1 Les moissons d’acier
Par Dorison et Breccia, Robert Laffont janvier 2008.

L’histoire commence dans les sables chauds du Maroc. Une section de légionnaires, baïonnettes aux canons, s’élance à l’assaut d’une forteresse marocaine. Les braves types pensent mater la révolte sans trop de pertes, grâce à leur arme secrète. Hélas, le résultat est un vrai carnage et la sentinelle, le nouveau soldat de fer, sacrifié à la poussière du désert.

Quelques années plus tard, l’armée ne parle plus des recherches mystérieuses, de troupes constituées moitié de métal et de chair. Une nouvelle découverte pourrait bien relancer, à l’aube du conflit de 1914, le projet. En effet, une pile au radium devrait combler le manque d’énergie des unités. Pour cela, il suffit de décider son inventeur à vendre ou céder sa trouvaille.
La collection BD de Robert Laffont ose des thèmes difficiles et complexes pour des séries de qualité. Cela donne un album fort ancré dans l’histoire, avec son pesant de petits détails qui en font un sujet précis et bien construit. L’auteur se base sur des inventions, situations, langage de l’époque qui rendent le récit plausible. Tout ceci est traité avec force et conviction, et aborde des thématiques variées comme la dépendance à la drogue, le cyborg homme de métal et de chair, la robotique, le nucléaire et bien entendu l’horreur de la guerre.
Le dessinateur Breccia, mélange le style Gimenez et Palaccio (Sergent Mac Coy), une espèce de pointillisme dans la tradition d’une certaine BD espagnole et d’Amérique du sud. Le tout se compose d’un découpage racé et rythmé, n’oubliant pas le détail, gros plans et inserts, tout comme les gueules de ses personnages. Le résultat devient un album excellent qui traite son sujet en profondeur et qualité.

Moonfleet
T1 La Crypte des Mohunes
Par Rodolphe et Hé, Laffont, sortie Octobre 2007.

Le jeune Jim ignore que bientôt sa vie changera définitivement, de nombreux événements transformeront à jamais sa route. D’abord la découverte du secret de son mentor, Maître Ratsey, trafiquant de vinasse. Lorsqu’il percera à jour ses activités nocturnes en compagnie du patron de l’auberge qui l’impressionne, Jim doutera du monde qui l’entoure. Pour arranger le tout, suite à un accident, plusieurs jours prisonniers d’une crypte étrange parsemée de cadavres n’aident pas à la perception de la réalité. Le coup final est porté par le père de sa fiancée, un vieil avare qui possède le vieux manoir des Mohunes lorsqu’il achète la concession de l’auberge et place son ami comme un paria sans domicile. Hébergé par ce brave homme qu’il croit connaître et apprécie mieux, il se retrouve lui aussi dans le besoin. Et si l’étrange médaillon trouvé dans son étrange prison cachait un trésor fabuleux?

Rodolphe, scénariste de talent, nous expose une variation dans l’esprit de Louis Stevenson « L’Ile aux trésor ».Une bande de trafiquants notoires, hors la loi, un jeune naïf espérant trop de la vie, tous ces ingrédients s’assemblent pour une nouvelle saga pleine de punch et de vie. Comme dans le roman, nous trouverons un trésor caché et de l’aventure, encore et toujours de l’aventure. Le dessin de Hé, tout en finesse, en légèreté, loin de gêner l’histoire, au contraire lui donne un cachet plus personnel. Un premier volume qui augure d’une collection placée sous de bons auspices, le choix des auteurs et des thèmes confirme sa bonne tenue.

Patrick Van Langhenhoven

Tanâtos
T1L’année sanglante
Par Convard et Delitte, Glénat , octobre 2007.

A la veille de la Première Guerre mondiale, les députés socialistes, conduits par Jaurès, pensent encore éviter le conflit avec l’Allemagne. Hélas pour eux, un étrange individu mène dans l’ombre un tout autre combat. En prenant la place d’un des amis de Jaurès et en détruisant dans un attentat retentissant une manufacture d’armes, il espère créer le chaos en France. Le commissaire Berlin et son ami Victor, de l’agence Fiat Lux, se chargent de l’enquête, qui semble au premier abord assez complexe. Très vite un nom leur vient à l’esprit, un être démoniaque et sans scrupules, Tanâtos, le maître du Mal. Si leurs soupçons se justifient, la bataille engagée risque d’être terrible.

Sur fond de Première Guerre mondiale et de diplomatie, Convard compose une histoire mystérieuse à la Fantômas. Dans la tradition du feuilleton à mystère de l’époque, il nous ménage de nombreux effets de manche et rebondissements. Son héros est encore plus cruel que le héros de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la place de Fandor, il nous propose un portrait de détective français à la Pinkerton, excellent. Comme dans le Triangle secret et Inri, les pistes de lecture s’avèrent nombreuses et jouissives. Delitte trouve ici un univers à la steampunk qu’il affectionne, déjà mis en œuvre avec brio dans sa série Neptune, mélange de dessin et de tableau, quand l’art et la BD se rencontrent pour une réalisation médiane. Le tout nous livre un premier album dans la tradition des feuilletons de l’époque, excellent, sans aucun faux pas.

Patrick Van Langhenhoven

Walking Dead
T3 Sains et saufs
Par Kirkman, Adlard, Delcourt, Octobre 2007.

Petit retour sur la série : Rick, petit flic municipal se réveille d’un long coma après avoir été blessé par balle. L’hôpital est vide. La ville à l’abandon. Un évènement atroce est survenu. Quelque chose de terrible : pour une raison inconnue, les morts reviennent à la vie et se nourrissent des vivants. Très vite, pour Rick, il va s’agir de retrouver sa famille, de prendre la tête d’un petit groupe de survivants rencontrés près d’Atlanta et d’organiser la survie.
Dans le premiers épisode, après avoir découvert un monde changé sans vraiment comprendre pourquoi, Rick retrouve sa femme, son fils et un vieux pote de la brigade où il officiait. Dans le second, la troupe cherche un havre de paix, un asile où se retrancher et tombe sur une ferme où tous pourraient repartir à zéro. Hershel le fermier s’avère plutôt bizarre et parque les morts vivants dans sa grange. Il attend qu’un antidote soit mis au point pour sauver ces créatures de Dieu. Cela ne pose pas quelques problèmes qui éclateront à la fin du numéro deux. Troisième opus, nos héros fatigués arrivent devant un ancien pénitencier qui pourrait faire office de nouvel Eden. D’abord ils nettoient la place et, surprise ! D’anciens détenus vivent retranchés dans le réfectoire de la prison. Alors l’équipe continue de faire le ménage, Rick repart pour une mystérieuse mission. Entre-temps, Hershel, le laboureur rejoint le groupe dans ce nouvel espace clos où tout pourrait recommencer si …

Le but de cette série n’est pas tant de nous parler des zombies qui ne sont ici qu’un accessoire. En cela, le récit rejoint le cinéma actuel du genre « 28 jours plus tard », etc. Le thème central devient une interrogation sur la survie, les relations entre un groupe d’humains face à la fin du monde et la peur. Quand tout s’écroule autour de nous, comment réagissons-nous? En humains tous simplement, nous dit le scénariste, avec nos petits travers, ni héros, ni anges, ni démons. Parfois comme dans le premier volume, nous sommes tentés de profiter de la situation pour assouvir nos passions d’amour. Le second opus se lit du point de vue de l’esprit divin, la notion de dieu veillant sur nos vies. Pour le troisième, apparaît celle du mal, des prisonniers. Changent-ils face à la menace extérieure? En deviennent-ils meilleurs? Oublient- ils leurs bas instincts? A chaque fois revient la notion de monstres. Sont-ils vraiment à l’extérieur ou au sein du petit groupe? La série joue donc sur les sentiments, la future naissance, l’amour, la haine, la pénitence, le mal, l’innocence pervertie, etc.
Le dessin mélange les gris, surfant sur la palette des ombres douces, pour mieux nous perdre dans le brouillard des sentiments, prenant ici toute leur force. Les scènes de gore sont peu nombreuses et les zombies peu expressifs, forment un contraste saisissant avec les expressions travaillées des protagonistes.
Conclusion, comme le cinéma renouvela le genre, Kirkman et Adlard donnent leurs lettres de noblesse aux zombies BD !

Patrick Van Langhenhoven

Neandertal
T1 Le cristal de chasse
Par Roudier, Delcourt, Novembre 2007,

Laghou, fils de Mâab taille la pierre pour les besoins de la tribu. À cause de son handicap, il comprend qu’il ne sera jamais un chasseur. Pourtant, malgré la haine de certains de ses frères et la protection de son père et de l’aîné, il est toujours vivant.
La dernière chasse s’avère terrifiante pour le clan. Mâab en revient mourant.
Dans ses volontés ultimes, il demande à ses enfants de le venger en tuant Longue Barbe, le bison cause de sa mort.

Le frère aîné, meilleur chasseur, chef de chasse, parti exécuter l’ordre paternel, trouvera lui aussi la mort.

Pour vaincre un animal mythique, il faut une arme fabuleuse. Laghou l’éclopé décide de mener la quête d’une pointe de cristal, possession d’une tribu voisine. Longue demeure la route pour obéir à son père. Malgré la haine de ses frères réussira-t-il? S’il revient en vainqueur, il pourra non seulement le venger, mais aussi dévoiler le lourd secret sur la mort de son aîné.

Dans la lignée de « La guerre du feu » et de la saga de Jean Rosny, Roudier propose une belle histoire de vengeance et de trahison au cœur de la Préhistoire. Son récit précis devient même didactique avec la minutie apportée à la reconstitution.
Le dessin évoque parfois les tableaux réalistes de peintres reconstituant l’époque. Un premier album confirmé prouve qu’il y a encore à raconter sur la Préhistoire.

Patrick Van Langhenhoven

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